title: "Que se passe-t-il avec l'artémisia trois ans après le Covid-Organique?" date: 2023-11-11
En 2020, Andry Rajoelina, le président malgache, avait l'intention de sauver le monde du Covid-19 en utilisant sa tisane d'artémisia. Le buzz autour de la précieuse plante antipaludéenne n'a pas diminué trois ans plus tard.

Le président Andry Rajoelina annonce une solution à la télévision un soir d'avril 2020, alors que le monde entier est plongé dans l'angoisse de la pandémie de Covid-19. L'artémisia Organique, une plante qui aurait le pouvoir de prévenir et même de guérir le Covid, est sur le point de "changer le cours de l'histoire". Le 20 avril 2020, le chef de l'État malgache présente officiellement son médicament, le Covid-Organique (CVO), et boit abondamment devant les caméras et le gratin du gouvernement.
L'information voyage dans le monde. Le CVO est considéré comme une source de fierté nationale et internationale par Rajoelina. Pendant plusieurs semaines, les citoyens malgaches se rassemblent devant des fontaines de distribution gratuite de CVO dans diverses rues de la capitale. Madagasacar distribue également des échantillons dans plus de vingt nations, y compris le Congo, la Guinée-Bissau, les Comores, le Tchad… Avant que l'enthousiasme ne s'estompe. Enfin ?
Plus scientifique et "standard"
En octobre 2020, les autorités malgaches ont développé le CVO+, un mélange d'artémisinine, un principe actif concentré de l'artémisinine, et d'huile essentielle de ravintsara, pour rendre le remède plus scientifique et plus « standard ». Les matières premières, l'artémisia et l'artémisinine, proviennent toujours du même groupe local, Bionexx, et la mise en gélules a lieu dans l'usine réhabilitée de Pharmalagasy.
Charles Giblain, fondateur et président du conseil de surveillance de Bionexx, observe une corrélation entre les ventes de CVO+ et le nombre de cas de Covid. Lors des pics de 2021, la version préventive CVO+ a vendu environ 600 000 boîtes. Le dirigeant remarque que la version curative CVO+ avec un dosage plus élevé est restée limitée aux essais cliniques et à quelques ventes sporadiques.
Avant tout, un antipaludéen efficace.
Si le nombre de cas de Covid a « subi » une baisse, l'artémisinine reste un puissant antipaludéen. Depuis sa fondation en 2005, Bionexx, le seul producteur à l'extérieur de la Chine, a maintenu sa position sur ce marché. Environ 350 personnes travaillent pour l'entreprise, qui travaille avec 15 000 à 20 000 agriculteurs sur 4 000 à 5 000 hectares, principalement dans la région de Fianarantsoa, pour traiter environ 2 200 tonnes (t) de feuilles d'artémisia séchées et produire environ 20 tonnes (t) d'artémisinine par an.
La production de Bionexx est effectuée sur un marché mondial où la demande demeure constante : environ 350 tonnes par an, ce qui équivaut à 750 millions de traitements basés sur l'artémisinine (ACT). Cependant, l'offre est instable. Charles Giblain explique qu'il y a un an et demi, un prix élevé a attiré des opportunistes chinois qui ont produit beaucoup de feuilles, ce qui a conduit à une surproduction et à une baisse des prix, jusqu'à tomber au-dessous du prix de revient, si on prend en compte les coûts fixes.
La situation devrait s'améliorer en 2023 avec une nouvelle baisse de l'offre de feuilles. De plus, Bionexx a diversifié les risques. Afin de produire de la quinine à Madagascar, l'entreprise a collaboré avec l'allemand Buchler, un professionnel de cette industrie depuis plus de 150 ans.
Peut-être que le CVO+ reviendra dans le domaine pharmaceutique un jour. En 2021, Bionexx a participé à des essais cliniques avec l'appui technique de l'OMS et le Centre national d'application des recherches pharmaceutiques (Cnarp) à Madagascar. Sur 339 patients, qui ont été divisés en deux groupes : CVO+ curatif et placebo, la guérison du Covid était plus rapide chez les patients recevant le remède. Et aucun n'a développé une forme significative.